"Le passé est un pays étranger qui ne nous quitte pas" – Land of Oblivion


Чорнобиль : L’absinthe, l’herbe de l’oubli

Quand une réalisatrice israélienne (Michale Boganim) et un mannequin devenue actrice avec brio (Olga Kurylenko) décident de partir en Ukraine pour tourner un film sur Tchernobyl, on voit la naissance d’un film émouvant : Land of Oblivion (sortie en DVD le 22 Août 2012).

On se souvient tous, que l’on soit né avant ou après, de Tchernobyl. Chacun a vu au moins une fois dans sa vie un reportage, un documentaire, une image, de la catastrophe du 26 Avril 1986. Les réseaux sociaux et l’internet n’existaient pas il y a 26 ans, l’information circulaient plus difficilement (par censure ou manque de moyens). La radio et la télévision soviétique émirent peu d’alertes, les populations de Pripiat (ville modèle de la modernité soviétique) furent évacuées brutalement et sans informations, la nature se dénatura et la pluie s’assombrit.

Pendant de nombreux jours, de nombreux mois, de nombreuses années, certains sont restés proches de ce No Man’s Land radioactif. On parle de cancers en série, de malformations infantiles et d’un type d’homme nouveau : l’Homo Tchernobylien. Aujourd’hui Tchernobyl et ses environs sont devenus des zones touristiques. La ville fantôme de Pripiat en fait partie. Officiellement les villes environnantes sont interdites, personne ne doit y habiter, mais l’on peut y travailler et faire du tourisme. Officieusement on y trouve des Ukrainiens pauvres qui n’ont de quoi se loger décemment, ou des immigrés essayant de trouver refuge en Ukraine.

Malgré ces aspects documentaires (Michale Boganim est à la base une documentariste), Land of Oblivion est bel et bien une fiction, une romance entre Anya et les radiations, entre Valery et la vie, entre l’exil et la mort. Tourné sur les lieux de la catastrophe, on découvre pendant 1h45 des villes fantômes, des paysages enneigés recouvrant une nature morte et des bâtiments vide enfermant la mort.

Le tournage fut très difficile compte tenu des pressions locales et politiques. Les conditions le furent tout autant, compte tenu d’une radioactivité toujours présente. Rien que pour cette prise de risque, ce film doit être vu par quiconque s’intéressant à la détresse des populations muettes. Land of Oblivion ne changera pas l’Ukraine, ne changera pas le monde et ne changera pas les politiques nucléaires, mais il a le mérite d’avoir traité pour la première fois d’un des évènements les plus tragiques de la fin du XXème siècle. La radioactivité est éternelle, Pripiat sera toujours un cœur déchiré par la chimie, où les traces invisibles resteront visibles.

Avec son accent russe, Anya dit justement à la fin du film : "Le passé est un pays étranger qui ne nous quitte pas". Pripiat est une ville étrangère pour la France, pour le monde, mais elle ne quittera pas notre monde.

A Lire, A Voir, A Ecouter :

- Tchernobyl, 25 ans après, site touristique.

- Pripiat, ville fantôme, vue du ciel

- Tchernobyl, 25 ans après, le sarcophage

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